Le cœur de la louange

par | 11-04-2019

On a tant de manières de décrire la louange aujourd’hui. On lui donne des adjectifs. Parfois, de très bons adjectifs. La louange prophétique. La louange contemporaine. La louange spontanée. La louange acoustique. La louange charismatique…

Mais si on enlève ces adjectifs, que nous reste-t-il ? Quel est le cœur de la louange ?

1. Dieu

Le cœur de la louange est vraiment Dieu lui-même. Plus spécifiquement, dans la Bible, louer, c’est l’acte d’un humain envers Dieu et pas l’acte de Dieu envers l’homme. Oui, nous voulons que Dieu nous parle aussi. Mais s’il ne te parlait jamais, le louerais-tu quand-même ? Oui, nous voulons expérimenter le sentiment tangible de sa présence. Oui, nous voulons la manifestation de son Esprit. Mais s’il ne le faisait pas, apporterions-nous quand même le sacrifice de notre vie, la dévotion de notre cœur, l’admiration exprimée par notre bouche et nos mains ; nos paroles et nos actes ?

C’est à cette question-là que nous devons répondre, si nous voulons toucher le cœur de la louange. Pas de question de forme, mais une question de cœur. Voici le cœur de la louange : des humains émerveillés par qui Dieu est, et qui lui expriment l’honneur dû à son nom, comme une réponse à la révélation de ses attributs, de sa nature, de son être, de sa valeur intrinsèque.

Oublions tout le reste, et focalisons-nous sur ceci : es-tu captivé par la gloire et la valeur de Dieu lui-même ? Ton âme trouve-t-elle sa joie en Dieu lui-même ?

Lorsque nous regardons ce qui est en train d’être dit aux cieux, il est à peine mention de nous (Ap 5.10 en est le seul exemple). Tous les chants que nous retrouvons dans le Nouveau Testament ont pour sujet Dieu lui-même, et pour attributs du sujet les caractéristiques de Dieu.

« Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car tu as créé toutes choses et c’est par ta volonté qu’elles ont été créées et qu’elles existent. »

 

« Le Fils est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. En effet, c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre, le visible et l’invisible, trônes, souverainetés, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il existe avant toutes choses et tout subsiste en lui. Il est la tête du corps qu’est l’Église ; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier. En effet, Dieu a voulu que toute sa plénitude habite en lui. Il a voulu par Christ tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans le ciel, en faisant la paix à travers lui, par son sang versé sur la croix. »

 

« L’Agneau qui a été offert en sacrifice est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la louange. »

 

« Lui qui est de condition divine, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme un butin à préserver, mais il s’est dépouillé lui-même en prenant une condition de serviteur, en devenant semblable aux êtres humains. Reconnu comme un simple homme, il s’est humilié lui-même en faisant preuve d’obéissance jusqu’à la mort, même la mort sur la croix. C’est aussi pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus chacun plie le genou dans le ciel, sur la terre et sous la terre et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (Ap 4.11 ; Col 1.15-20 ; Ap 5.12-13 ; Ph 2.6-11) 1

Tout est centré sur Dieu. Déjà dans l’Ancien Testament, les raisons de chanter Dieu et de le célébrer tournent presque toujours autour de sa nature 2 ; et quand ça ne tourne pas autour de sa nature, ça tourne autour de ses grandes œuvres3. La louange dans le Nouveau Testament, plus fortement encore, est l’expression d’un peuple qui a une obsession pour la gloire de Dieu. Est-ce notre cas ? Est-ce le cœur de notre louange ?

Oui, nous voulons que Dieu nous parle aussi ; oui, nous désirons ardemment sa présence. Mais ces choses-là ne sont pas de la louange. Ces choses sont appelées, bibliquement, la prophétie et la manifestation de Dieu et pas de la louange. Si nous confondons parler à Dieu et entendre de la part de Dieu, il y a des chances qu’on loupe l’un ou l’autre ou que l’on dilue l’importance de l’un ou de l’autre. Dans une société consumériste et individualiste, celui qui passera le plus à la trappe est la louange à Dieu, au profit de chants qui parlent de nous. Nous voulons les deux ; et parmi ces deux, la louange est première.

Nous honorons Dieu peu importe le reste – même en l’absence de parole de sa part ou de manifestation tangible ; en revanche s’il nous parle et se manifeste tangiblement, la seule réponse appropriée est de revenir pour le louer encore. Et même si nous ne l’entendons pas et ne vivons pas de manifestation tangible ; même si nous traversons la nuit noire de l’âme ou la vallée de l’ombre de la mort, ou un hiver prolongé, nous le louerons malgré et à travers toutes ces circonstances.

 

2. Créés pour louer

La Bible est très claire que la raison même de notre existence est de l’honorer. Elle comporte des passages presque innombrables nous appelant à le louer toute notre vie et avec tout notre être. Apocalypse 4.11 est souvent traduit ainsi : « tu as créé toutes choses et c’est par ta volonté qu’elles ont été créées et qu’elles existent ». Mais les mots « par ta volonté » (dia to thelema sou) pourraient tout aussi bien être traduits : « pour ton plaisir ».

La Bible dit aussi que nous avons été sauvés non pas avant tout pour nous, mais pour Dieu, « pour que nous célébrions la gloire de sa grâce » (Ép 1.6). A la croix, Dieu était en train de se gagner, pour lui-même, des adorateurs et des agents de sa gloire !

Il s’agit de l’essence même d’être une créature ; et l’essence même d’être son peuple. C’est la seule chose que Dieu demande de nous, dans les termes de l’alliance qu’il a conclue avec nous. Il sera notre Dieu et nous l’adorerons, le vénérerons, lui rendrons la gloire due à son nom, en paroles de louange et en actes d’obéissance ; et nous serons son peuple : il nous sauvera, nous protégera et nous offrira sa bénédiction et tous les droits des citoyens des cieux. Ce qui nous revient à nous, ce n’est pas de nous focaliser sur ce que lui garantit de nous offrir. Notre part à nous est de nous donner à sacrifier nos vies pour l’honneur de son nom.

Le plus extraordinaire dans tout cela est que la plus belle chose que Dieu puisse nous donner ; son cadeau le plus extravagant est la délectation que nos cœurs trouvent en méditant en contemplant sa gloire invétérée et dénuée d’artifices, de rajouts ou d’ersatz. Rien d’autre n’est aussi bon que ça ! Comme le dit St Augustin :

« Tu nous as faits pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi. »

Et c’est cela aussi qui le glorifie le plus : tel un amant qui est tellement épris en regardant son partenaire qu’il ne peut s’empêcher de lui exprimer verbalement son amour ; plus encore – qui ne trouve son amour pleinement assouvi et complet que dans le fait de lui dire ce qui se trouve dans son cœur le concernant, « Dieu est le plus glorifié en nous lorsque nous sommes le plus satisfaits en lui » (John Piper). Le breuvage de l’âme assoiffée, le festin du cœur humain, les mets succulents de notre esprit sont la présence de Dieu – une révélation de sa nature et ses attributs (Ps 63.2-7).

Le petit catéchisme de Westminster le résume ainsi :

« Le but principal de l’homme est de glorifier Dieu et de trouver sa joie en lui éternellement. »

Voilà ce que nous sommes appelés à vivre ; voilà ce à quoi nous devons conduire tout le peuple de Dieu en tant que personnes responsables de l’expression de la louange à Fireplace. Ne les privons pas de la seule chose qui comble vraiment en négligeant de vivre le cœur de la louange : la joie d’attribuer à Dieu lui-même l’honneur, la gloire, la splendeur et la puissance dus à son nom.

3. Comment louer Dieu pour Dieu ?

Comment glorifier Dieu le plus possible ? Il faut comprendre qu’il est si parfait dans sa gloire qu’il ne peut pas être exagéré. Il n’y a pas de possibilité d’utiliser une hyperbole concernant la gloire de Dieu. Même l’expression la plus élevée d’admiration ; même la description la plus exaltée ; même le sacrifice le plus total de nos vies n’est pas suffisant pour adéquatement décrire sa gloire.

Que nous reste-t-il ? Que devons-nous alors rechercher ? Rien de moins que l’expression la plus juste que possible de qui il est réellement. Voilà ce que nous devons chercher à faire lorsque nous louons. Nous ne venons pas lui rendre un service : il se suffit à lui-même. Nous ne venons pas lui dire quelque chose qu’il ne sait pas déjà sur lui-même. Nous ne venons pas pour trouver des façons de le décrire qui vont le surprendre. Le cœur de la louange, c’est rendre vers Dieu le reflet de ses attributs pluriformes, sous le prisme de notre cœur, de nos mots, de nos actes. C’est faire de nos cœurs un miroir qui va redire à Dieu qui il est, aussi justement que possible, autant dans le contenu cognitif que dans l’intensité de l’émotion en plus de l’obéissance dévouée de nos actes quotidiens.

Dans l’expression chantée de la louange, cherchons donc d’abord et avant tout à dire à Dieu qui il est. Nous réjouir de chanter son nom ; faire de l’exaltation de ses attributs et de ses grandes œuvres nos délices.

Il nous répondra ; il se manifestera. Ne vous en faites pas pour ça. Mais cherchons, pour notre part, à chanter Dieu lui-même ; à déclarer la valeur de son nom et à nous réjouir de la grandeur de sa majesté à lui.

Lorsque les gens entrent dans la présence de Dieu dans la Bible, la dernière chose qu’ils pensent à faire c’est de chanter ou de dire des choses qui les concernent, eux (seule exception : des paroles de repentance : Ésaïe 6 par ex). Ils ne pensent pas à la qualité musicale. Ils ne pensent pas à ce que les autres pensent. Ils sont ébahis par Dieu lui-même. C’est ça qui doit être le cœur de notre louange : vouloir exprimer à Dieu la valeur que nous voyons en lui.

Il y a, bien sûr, une complétude plus grande encore lorsque nous entendons Dieu nous répondre en nous disant l’amour qu’il a pour nous et la valeur qu’il voit en nous. Ne l’occultons pas : le prophétique a toute sa place dans un ‘temps de louange’ (sans parler de la prédication !) Mais ce n’est pas le sujet de cet article. Nous parlons ici du cœur de la louange. Ne venons pas le louer pour entendre ce que lui pense de nous ou ce que lui dit de nous ou ce que lui a rendu vrai sur nous. Venons pour la gloire seule de son nom, pour exulter en lui, célébrer sa nature, exalter ses attributs. Entrons dans ses parvis remplis de reconnaissance, peu importe nos circonstances ; entrons avec des chants de célébration le concernant, peu importe le reste (cf Ps 100.4). Il est fidèle. Il est bon. Il va nous répondre. Soyez-en certains. Nous avons même des chants qui nous aident là-dedans, merci Seigneur ! Mais ce n’est pas ça le cœur de la louange. Parce que le cœur de la louange est Dieu lui-même. Venons pour ça et pour ça seul ; et voyons ce que Dieu fait lorsque son peuple entre dans le rôle qui est le sien : être, tous ensemble, des sacrificateurs pour Dieu, pour sa gloire (cf Ap 1.6).

Aller plus loin

Regardez cette interview de Matt Redman. Le contenu est particulièrement bon de 1:11-5:55 et de 19:11-24:40. Matt englobe magnifiquement le coeur de la louange que j’ai cherché à exprimer dans cet article (en anglais, malheureusement…).

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  1. Colossiens 1 et Philippians 2 sont largement reconnus comme des paroles tirées de chants utilisés par l’église primitive
  2. Quelques exemples, tirés des Psaumes : sa puissance : Ps 21.13 ; sa royauté (Ps 47.7) ; son amour (Ps 59.16) ; sa gloire (Ps 66.2) ; sa justice (Ps 67.4) ; sa fidélité (Ps 71.22) ; sa bonté (Ps 135.3) ; sa droiture (Ps 145.7)
  3. Quelques exemples : Ex 15.1 ; 2 Sa 22.50 ; 1 Ch 16.9 ; Ps 9.11, 92.4